Artiste de la galerie
Stéphanie-Lucie Mathern

Stéphanie Lucie-Mathern, née en 1985, (33 ans), a été récemment primée par la Société des Amis des Arts et des Musées de Strasbourg avec le prix Théophile Schuler et exposée à St-Art sur le stand de la SAAMS.

Ayant poursuivi des études à l’Ecole des Beaux-Arts de Nancy et des études de Théologie à Strasbourg.

Son travail énergique et incarné de peinture où la figuration est poussée dans le dénuement et la simplification possède une force surprenante, puisant son essence dans un chaos contrôlé proche du déséquilibre, ce qui en assure la juste tension. Associé à une excellente maitrise de la couleur et de la composition, les toiles sont des fenêtres vivifiantes ouvertes sur l’âme de l’artiste dont on imagine la profondeur.

 

« Le peintre est boucher, certes, mais il est dans cette boucherie comme dans une église, avec la viande pour Crucifié. » Deleuze

 

« On ne peut parler de peinture. On ne peut pas. » Francis Bacon

 

« Dans une boîte de crayons de couleurs, la promesse d'une œuvre d'art future » Valery

 

 

Peintre, écrivain, esthète du débordement; après des études de théologie catholique «Au commencement était le verbe» jusqu'aux Beaux-Arts «Et elle alla plus loin dans ses prostitutions, Ézéchiel, chapitre XXIII» , j'ai toujours eu pour but de coupler ces deux arts.

Mon travail de peintre, impatient, comme d'un seul geste «je me sens plus proche des Stooges que de Vermeer» traduit l'urgence, montre des personnages fracturés, laissés dans un monde sans profondeur, ni spatialité.

On va-et-vient entre figure et abstraction, entre l'humain minuscule et la grande nature abstraite, entre inertie et mouvement, entre harmonie et dissonance, classicisme et modernité.

Faire le grand écart afin de créer une unité, rassembler l'absolu «tout est accompli» au dérisoire «Mourir en Saint-Laurent» ne fait que montrer que dans la vie tout est nuance, ambiguïté, assemblage des contraires.

La puissance de titre appuie ou infirme la vérité de l'image, renforce l'absurde ou le grotesque: il y a ce qu'on voit et ce qu'on peut en penser.

Ma première exposition intitulée «Mon style, c'est l'Opinel», phrase empruntée au philosophe pop Francis Heaulme, montrait une certaine réalité humaine, pouvant aller de la simplicité à l'abjection.

Mon travail consiste à intégrer le mal; j'ai traité ce thème au cours d'une résidence à Berlin, à propos d'un mariage des contraires: la figure du Christ  - par un chemin de croix – et celle du dionysiaque Baal de Brecht; pour continuer en Suisse à propos de l'héritage du pouvoir.

On élargit la peinture en la confrontant à l'histoire, mais aussi à quelque chose qui dépasse le temps, qui tire vers l'universel tout en étant inscrit dans le présent.

Mon exposition «Le crépuscule est grandiose», phrase tirée des Paradis perdus de Christophe, parle de ce monde désenchanté où l'on déambule morose et un peu froissé dans un avenir un peu bancal.

Puis « Je me prostituerai pour la postérité », pointant du doigt la laïcisation des mœurs et l'idéologie de la transparence (tout dire/ tout montrer/ toujours plus), en montrant sous forme d'une grande partouze la chosification de l'autre et la distribution de ce qui devait se faire rare.

Nous sommes colonisés par les stratégies de désir, et l'accroissement d'une pseudo visibilité est devenu un impératif commun.

La peinture permet d'établir ce contact direct entre le corps et la toile. L'acte de peindre doit rester un processus sensuel. Et si ces gestes sont éternels, il s'agit de les adapter aux interrogations de notre temps. On s'extirpe de l'actuel et de son flot incessant d'images pour éprouver le corps physique du tableau.

Nous vivons dans un monde où les hiérarchies ne sont plus de mises : on brouillera les pistes pour mélanger le trivial au traditionnel.

La peinture parlera de la violence actuelle, du sens qui bascule d'un côté ou de l'autre : d'un révolté qui deviendra crucifié, un soldat portera des Nike...

Le geste sera fougueux, les formes interrompues, le coup de pinceau comme un art martial, minimaliste et assuré; les couleurs vives et tristes à la fois participent d'une manière décisive à la force d'expression de ces œuvres, au déploiement d'énergie.

Une peinture du malaise sociétal où l'on n'a pas peur de danser sur les ruines.

Car derrière le noir apparent, toujours la jouissance de la couleur, l'humour, l'espoir, les chairs et les paysages.